Conférence avec Jasmin Roy – le numérique en relation d'aide

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Conférence avec Jasmin Roy – le numérique en relation d'aide

 

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Conférence avec Jasmin Roy

Mercredi, 1er avril de 8:15 à 9:30

En bonne chroniqueuse, j’entre en salle de conférence ce matin, un peu fatiguée, un peu à la dernière minute mon café à la main. Étonnement majeur, Jasmin Roy nous parle d’intimidation. Bien que la curiosité d’entendre M. Roy entretenait ma motivation, je ne saisissais pas la pertinence de ce sujet à l’AQUOPS et pourtant….

D’abord M. Roy témoigne simplement et avec honnêteté de son parcours. Droit, fier, mais aussi pausé et serein. Ce n’est pas tout à fait le portrait qu’on se fait d’une « victime », cliché qu’il s’est empressé de démolir à coup d’anecdotes dès le premier quart d’heure. C’est que le problème est ailleurs selon lui. Ainsi, il nous a parlé de son cheminement, mais aussi de cette société qui semble engendrer son lot d’agresseurs et de victimes à la chaîne.

Piste de solution 1 : le langage

Selon lui une des problématiques est la tolérance au langage haineux. La croissance vers la violence débute par l’utilisation puis la tolérance d’un vocabulaire haineux et discriminatoire, duquel découle une banalisation inacceptable. Nous avons un rôle à jouer en tant que membre de la société puisque cette tolérance mène à la violence, aux problèmes sociaux et au décrochage.

Selon les dires de M. Roy, l’empathie existe dès la naissance et ce serait la culture qui la biaise. Il enchaine ainsi en attirant notre attention sur le fait que l’on doit enseigner l’empathie aux jeunes et qu’on devrait le faire très tôt, dès la petite enfance.
 C’est que dès l’âge de 2 ans, un enfant traverse sa phase la plus violente, il est en réaction avec son environnement parce qu’il se sent contraint. Nous avons la responsabilité de lui montrer qu’il existe des solutions autres que la violence. Ceci aurait une influence sur l’émergence des comportements agresseurs qui surviennent dès la première et la deuxième année du primaire.

Prise de conscience des phénomènes d’intimidation
Dans les années 80, les phénomènes de violence ont fait l’objet d’études.
 On a ainsi pu établir des corrélations étroites entre la santé mentale, le décrochage et la violence qui ne survient pas toujours auprès des groupes d’élèves à problèmes. En fait, ce ne sont pas des « élèves à problèmes », ce sont des élèves qui ont rencontré des problèmes en cours de route.

Cas Jasmin Roy
Jasmin Roy était un enfant un peu à la remorque des garçons de son âge dû à des problèmes de santé. Comme plusieurs dans cette situation, il a dû très tôt redéfinir ses passions. Ce qui est surprenant et très particulier est qu’il n’a vécu aucune intimidation jusqu’au jour où il déménage en région vers la 6e année.

La violence dépersonnalise la personne : préjuger 1

« L’intimidation est un virus, si on n’intervient pas, ça se répand rapidement ! » -Jasmin Roy

Les formes de violence qu’il a vécu, sont similaire à celle que l’on rencontre aujourd’hui. En l’espace d’un an seulement sa situation s’est détériorée de manière radicale. Il nous explique comment tout ce qu’un enfant victime d’intimidation fait, est détourné contre lui. Le simple fait de sourire ou de poser des questions suscite des attaques. Il ajoute : «Même quand tu ne fais rien, tu ne fais pas la bonne affaire. Qu’est-ce qui arrive à ce moment ? Tu veux disparaître »! C’est alarmant !

Les victimes, on veut les aider et ils ne veulent pas : préjuger 2

Pour nous aider à comprendre le mécanisme, il fait un parallèle avec les femmes battues, cliché facile et vite compris de tous. Mais ce qui m’a interpelée le plus, et qui a fait l’objet de quelques Tweets de ma part, sont les mécanismes d’auto-défense des victimes, notamment les enfants. J’ai entre autres retenu : « Il ne faut pas oublier que les enfants n’ont pas de pouvoir décisionnel » et « le ⅓ des jeunes sont convaincus que les adultes sont inaptes à les aider ». À la lumière de ceci, pas étonnant que certaines agressions s’échelonnent sur plusieurs années. Le seul mécanisme de défense qui reste à l’enfant sont les scénarios qu’il se construit. Apense que le scénario qu’il a dans sa tête va se réaliser. Si le scénario est positif, il aide, s’il est négatif, il mène au pire.

Pourquoi l’aide ne fonctionne-t-elle pas ?
«Quand un adulte participe à l’intimidation, ceci donne à tout le monde le droit de le faire». -Jasmin Roy

Le premier conseil qui nous vient à l’esprit est celui de la dénonciation. Pourtant M. Roy nous met en grade : dénoncer et ne pas assurer de suivi, peut faire beaucoup de dommages. « Sans suivi : ne lui dites pas de le faire car pour que cela fonctionne, un adulte doit rebâtir l’autorité. La victime est envahie et il faut reconstruire ses mécanismes de défense« . Même chose pour l’agresseur « il faut le punir et l’accompagner, sinon ça ne fonctionne pas plus.
 Il faut également responsabiliser les témoins, sinon ça ne fonctionnera pas« .

Je vais vivre cela le reste de mes jours ! : préjugé 3

«Ce n’était pas moi le problème, c’était les autres qui avait un problème avec ma réalité». -Jasmin Roy

Les agressés entretiennent une perception démesurée du rejet, et ceci doit être reconstruit nous l’avons vu. Par exemple, si on bat un chien tous les jours, lorsqu’ on voudra le caresser, il craindra votre main. Même des années plus tard, ce genre de conditionnement peut refaire surface car la peur est bien ancrée, même sous des apparences de « normalité ».

«Ma peur était intérieure» -Jasmin Roy
M. Roy témoigne à la fois d’une force et d’une peur intérieure. Il dit :  « j’avais des problèmes et j’ai trouvé des solutions. Est-ce que je m’en suis sorti ? Oui et non, les maladies de l’anxiété ça se contrôle mais ça ne se guérit pas».

À l’époque on ne parlait pas de cela
« Beaucoup d’enfants ne parlent pas parce qu’ils ne veulent pas faire de peine à leurs parents« . Collectivement, il faut offrir des modèles adultes beaucoup plus positifs. En fait selon lui, il faut travailler en amont pour s’assurer qu’il n’y ait plus de cellules de crise et il revient sur le langage, vecteur de communication, en nous rappelant qu’un élément de solution passe par ce dernier. Va ainsi pour Jasmin Roy

Mais encore, quel lien avec les TIC ?

Partie 2 : Parler d’intelligence artificielle

Nous y arrivons. Presque dès les tout premiers mots du deuxième conférencier, on saisit le lien avec l’intimidation et tant pis pour ceux qui ont quitté à l’intervalle. Ce n’est pas paradoxal que la technologie puisse apporter du bienfait dans la vie de certaines personnes. J’évoque donc l’exemple très critiqué de la poupée intelligente, exemple qui à d’ailleurs été soulever le 30 mars dernier par le journaliste Philippe Nieuwbourg qui nous entretenait sur l’objet intelligent générateur de métadonnées dans la conférence : La vie privée dans le cyberespace. M. Nieuwbourg nous a rapidement parlé de cette poupée, dont j’avais une vague idée, qui pouvait écouter les petites filles et leur répondre. (Il y aurait un beau questionnement éthique à faire en compagnie de M. Benoît Petit, conférencier à l’AQUOPS, ici. ) En toute honêteté, j’avais un penchant assez solide pour le camp du : non farouche.

À la lumière de ce qui suit, par contre, mon préjugé sur la « poupée intelligente » se dissipe un peu, c’est que Louis-Raphaël Tremblay de Cylabe interactif, fait un lien direct entre les problématiques et besoins soulevés par M Roy et la mise en place d’outils technos pédagogiques. En bon argumentateur, il appuie son propos sur quelques statistiques :

•    40 % d’entre nous avons vécu, vivons ou allons vivre une problématique d’ordre psychologique cette année, et
•    20% d’entre eux, une détresse psychologique grave.

Ouille ça fait mal ! Pourquoi ?,  nous questionne-t-il.

Deux choses :

  1. La barrière humaine est un principe naturel qui pousse une victime à ne pas entrer en contact avec un autre être humain. La victime a le réflexe de se replier sur elle-même pour économiser ses forces et mettre en place des mécanismes de défense.
  2. La fenêtre d’ouverture à travers laquelle l’aide est possible dure moins de 15 minutes et ne s’ouvre pas nécessairement aux moments appropriés.

On ne parle jamais de cela, et c’est pourquoi il est difficile d’intervenir adéquatement. À cela on ajoutons le fait qu’être un homme équivaut, sans faire de généralités, à la complexité émotive : Je feel ou je ne feel pas ? C’est comme ça ! 
On leur dit alors  : parle, exprime ton émotion ! Mais un blocage lié au genre existe réellement. Que fait-on alors avec le pourcentage d’individus qui n’ira jamais consulter un autre être humain ?

C’est bien beau me direz-vous, mais quel rapport avec les TIC ? J’y arrive…

Imaginez que la barrière humaine soit encore plus grande, que l’intimidation, telle que décrite par M. Roy, et tous ces mécanismes complexes élargissant le fossé. Les victimes développent alors des réflexes, des automatismes du type « tout faire pour que cela n’empire pas« . Solution, je me referme. 
Autre statistique alarmante, 10% d’entre elles, seulement, vont parler. Qu’advient-il de l’autre 30% ? Notre devoir, morale, éthique est pourtant les aider ?

La barrière humaine tant à disparaître dès que je suis devant un écran d’ordinateur, VOILÀ!

C’est magique et en tant qu’intervenant, il faut s’en servir. Il faut donner toutes les chances aux victimes d’entrer en contact avec quelqu’un peu importe notre opinion sur la manière de le faire. Dans le cas qui nous occupe, la technologie est le premier pas vers l’intervention, qui en d’autres cas serait impossible. La machine a cette capacité à ne pas juger, à donner le droit de parole, la capacité des mots et a comprendre ce que l’interlocuteur vit. Elle peut en plus, lui permettre de faire ce qu’elle n’est pas capable de faire, par exemple, un premier pas.

Ainsi, les premières lignes d’intervention doivent offrir des outils technologiques : c’est évident ! Ce qui serait anormal, ce serait de ne pas le faire conclu le conférencier. « Je suis la bonne personne pour t’aider« , dit la machine et ça marche, c’est complètement « capoter » !

Bref, ce que nous devons en retenir c’est que l’utilisation des technologies en intervention est positif et non l’inverse. Dans ces situations de crise il faut laisser de côté nos craintes envers le Big data et dire oui à tout ce qui permet à une personne de s’en sortir. La machine décuple le pouvoir d’agir de l’humain.

Conclusion du conférencier :

Sommes-nous assez intelligents pour que cela fasse du bien ; pourquoi pas ?

.   .   .

Leslie Dumont

Leslie.Dumont

journaliste-chroniqueuse

Technologie éducative

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