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Fini les notes: Maintenant, on apprend

Pendant le colloque 2019, j’ai eu la chance de rencontrer M. Pierre-Olivier Cloutier, enseignant au secondaire en science et technologie et en mathématiques, qui vivait sa première expérience en tant que conférencier à l’AQUOPS. Un enseignant qui aime partager et innover, principalement en ce qui concerne l’évaluation. Sans prétention, il nous propose ses façons d’évaluer ses élèves, mais d’une façon bien particulière: sans notes chiffrées et grâce à des rétroactions efficaces!

Je vous encourage à consulter sa présentation ici!!!

 

M. Pierre-Olivier nous a rapidement fait un parallèle entre le monde scolaire, le monde de la santé et la mécanique automobile. Étrange, me direz-vous? Oh que non! Je vous le cite:

« Quand je vais chez le médecin, on me fait un bilan détaillé de ma santé. Quand on va chez un garage automobile, mon mécanicien sort une liste de trucs qui ne fonctionnent pas sur ma voiture. Si c’est bon pour ma santé et pour mon char, alors ça devrait être bon pour mes élèves. »

C’est le coeur de sa réflexion en évaluation du cheminement de ses élèves: pourquoi simplement donner une cote lorsque l’enfant a besoin de savoir quels défis il doit encore surmonter?

 

Non seulement M. Pierre-Olivier souligne qu’il faut donner des rétroactions aux élèves, mais qu’il faut aussi développer les apprentissages en continu. Dans sa classe, ses élèves disent que « tout compte tout le temps ». M. Pierre-Olivier soutient: « Qui a dit qu’il fallait qu’un élève rentre dans les temps pour comprendre? » et c’est ce qui guide sa décision de laisser une 2e et une 3e chance aux élèves qui « coulent » un examen. Lors de sa rétroaction, il questionne l’enfant, lui permet de se reprendre, d’expliquer ce qu’il a compris et ce qu’il trouve plus difficile.

Mais comment prendre le temps de faire des rétroactions aux enfants? Cela requiert une organisation de classe où les élèves ont des projets à avancer pour mieux permettre à l’enseignant de faire des rencontres individuelles. Au primaire, les centres d’apprentissage sont idéaux pour permettre les rencontres individuelles ou en groupe de besoins.

 

Et moi, si je veux faire une transition vers l’évaluation non chiffrée… Comment m’y prendre? M. Pierre-Olivier nous propose des façons de « devenir confortablement inconfortable » dans l’évaluation:

  1. Proposer des échelles de réussite simple aux élèves (éviter les nombreux intervalles!) Dans sa présentation, M. Olivier nous propose cette échelle simple, qu’il réutilise dans plusieurs contextes à la diapositive #20 de sa présentation .
  2. Utiliser un langage qui parle aux élèves pour établir des critères de réussite. D’ailleurs, pourquoi ne pas les établir avec eux ? Ils sont capables et, dès lors, sont davantage engagés dans leurs apprentissages puisqu’ils savent ce qu’ils doivent faire pour réussir.
  3. Réinvestir les échelles de réussites dans toutes les situations d’apprentissage (et les préciser au besoin). Ainsi, les élèves deviennent familiers avec la façon de faire et parviennent progressivement à s’évaluer eux-mêmes.
  4. Se dissocier des sommes: il faut éviter que l’élève puisse calculer une somme de points. Il est important trouver des symboles afin que l’élève ne puisse pas calculer de moyenne. Ainsi, l’enfant peut vraiment se concentrer sur son cheminement. M. Pierre-Olivier donne comme exemple son collègue enseignant de mathématique qui utilise le feu de circulation pour l’évaluation de la compétence 1 (résoudre une situation problème mathématique). Chaque couleur signifie quelque chose: vert = « ça va bien » (100%), jaune = « watch out » (3 tons de jaune qui amènent donc des notes entre 60% et 75%),  et rouge = « tu es dans le trouble » (échec: 52% minimum) ». Il est donc impossible pour l’enfant de calculer sa moyenne, puisqu’il n’y a qu’une couleur qui lui est donnée.
  5. Donner la parole aux élèves: c’est essentiel ! Non seulement on leur demande d’établir les critères de réussite, mais on leur permet aussi de suggérer des améliorations à leur travail pour prouver s’ils ont acquis ou non la compétence visée par la tâche à accomplir.
  6. Donner de la valeur au retour : pour M. Pierre-Olivier, le retour sur l’évaluation a autant de valeur que l’évaluation en elle-même. Il redonne l’examen à ses élèves et ces derniers doivent le corriger « live ». Si l’élève parvient à se corriger, il a alors refait son évaluation. Donc, pourquoi ne pas lui donner sa note réaliste? M. Pierre-Olivier soutient qu’il « n’accepte pas le fait qu’il y a des élèves qui ne comprennent pas. » C’est pour cette raison qu’il permet à ses élèves de corriger leur évaluation pour enfin comprendre ce qu’ils n’avaient pas compris au moment précis de l’évaluation.

Bien sûr, M. Pierre-Olivier doit donner une notre chiffrée à ses élèves à la fin de l’étape, comme il est prescrit par le ministère. C’est grâce à ses rencontres individuelles qu’il établit AVEC L’ÉLÈVE sa note. Grâce aux multiples traces accumulées, il pose un regard avec l’enfant sur son cheminement et établit une notre chiffrée avec lui. Voici donc une façon d’engager l’élève dans sa réussite!

 

Cette inspirante conférence devrait sans aucun doute être partagée dans tous les milieux scolaires (et universitaires!!!). M. Pierre-Olivier est un acteur de changement: le milieu éducatif a besoin de cette transition pour former des élèves impliqués en engagés dans leurs apprentissages, et ce, de façon plus saine qu’une simple consultation de résultats ou de moyenne scolaire. Étant moi-même une jeune enseignante, j’ai été convaincue par M. Pierre-Olivier de continuer mes recherches vers des pratiques d’évaluation davantage formatrices et engageantes pour les élèves.

Merci pour ce vent de changement, M. Pierre-Olivier! Votre conférence est de loin la plus inspirante pour moi cette année, « chapo » ! 🙂

Roxanne Poulin – @roxipoulin  (JournalisTIC pour l’AQUOPS 2019)

Équipe de Chroniqueurs Web
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L'équipe de Chroniqueurs Web est composée d'étudiants en enseignement qui livrent leurs impressions sur leur participation au colloque de l'AQUOPS.

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